Aujourd’hui, petit saut à Arles et visite de quelques expositions organisées dans le cadre des RIP.

En-regard
(Le regardeur regardé regardant... de dos.)

Contrairement à l’an passé, où l’on sentait l’unité et la cohérence qui avaient guidé le choix des différents photographes exposés, avec un haut niveau d’exigence photographique ; cette année, l’ensemble est plus disparate et je n’ai pas vraiment réussi à retrouver le fil conducteur qui expliquerait la réunion de tous ces photographes, ayant plutôt l’impression d’une juxtaposition obéissant à quelques regroupements thématiques. J’y ai donc vu de l’intéressant et du moyen, des déceptions et des surprises.
Et je vais commencer dans la série des mi-figue, mi-raisin par l’expo Magnum aux Ateliers SNCF, destinée à célébrer les 60 ans de l’agence. Deux temps principaux dans cette expo, tout d’abord une rétrospective, avec tout l’arbitraire inhérent à ce type d’exercice, des soixante ans de l’agence au rythme d’un évènement / acte photographique annuel. On retrouve là tous les grands moments de Magnum, des photos qui ont fait le tour du monde, Steve Mac Curry, etc. mais aussi des photographes moins connus du grand public au travail puissant comme Alex Webb, Eli Reed ou Jim Goldberg. Bon, repasser rapidement 60 ans d’histoire du monde vu par l’agence n’est pas inintéressant, mais la présentation reste sommaire et ne casse pas trois pattes à un canard. Seconde partie donc, la vidéo-projection, et là, on va très vite se mettre à geindre. Question confort d’abord, rester plus de deux heures sur de mauvais bancs le cou cassé à voir défiler à la queu leu leu un résumé de l’œuvre de je ne sais combien de photographes de Magnum : ça craind, on en sort le dos flingué et les cervicales en miettes. Quant à l’intérêt de la chose, je m’interroge.
Une projection aussi longue, à raison d’environ 8 mn par photographe, ça a certes un aspect album que l’on feuillette, mais la masse d’informations visuelles est telle qu’on ne voit rapidement plus grand chose, et l’on finit par regarder défiler des photos fantastiques (5s / photo) la bouche ouverte et la cervelle hagarde. Décevant. Pour ce qui est de la bande son, constituée de bruits divers et paroles étouffées, elle n’apporte absolument aucun sens supplémentaire, et on s’empresse de l’oublier. Bref, on retient de ce pensum que sans aucun doute, essayer de circonscrire 60 ans de Magnum doit être un exercice aussi périlleux que recompter les cailloux dans la garrigue, et si toutes les photos sont bonnes, à titre personnel, j’aurais préféré en voir moins, sous forme de tirages, et même de beaux tirages que l’on peut prendre le temps d’observer. Le diaporama est souvent la solution la plus indigente, dommage, très dommage.

Toujours aux ateliers SNCF, 4 expositions présentent certains aspects de la photographie chinoise, et plus particulièrement pékinoise, qui mêlent photographie et performance.
Je citerai tout particulièrement le travail des frères Gao autour de l'occupation de l'espace urbain ou sur le thème de "l'étreinte" est très étonnant et déroutant, face à leurs grandes photos, on ressent assez vite une impression de solitude, même si elles ne sont pas dénuées de tendresse et d'ironie.

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(Extrait de l''une des œuvres de la série Étreinte)

Plus facilement abordable est l'exposition de Rongrong et Inri qui pendant 8 ans ont photographié le quartier de Liu Lin Tun et la maison où ils vivaient, maison à cour carrée traditionnelle qui se trouvaient dans une des zones de Pékin destinées à être rasées et "modernisées" et qui accueillait toute une faune d'artistes. L'exposition se trouve rassemblait dans un seul espace et regroupe un grand nombres de photos : petits tirages 24x36 en noir et blanc, planches de diapositives et quelques grands tirages au moyen format qui sonnent le glas. Ce sont 8 ans d'intimité avec ces deux artistes qui se prennent souvent pour modèles, leurs chats, le travail photographique, leurs amis, leurs objets qui sont regroupés sur quelques mètres. Les photos sont toutes très belles, pleines d'émotion et d'une vie que l'on sent disparue. Pour peu qu'on prenne le temps de rentrer dans l'histoire que chacune d'elle nous raconte, au bout d'une petite heure, on se sent familier de Rongrong et son amie Inri, et la mélancolie nous empoigne ; qu'il s'agisse des noirs et blancs voilés ou des planches de diapo aux couleurs éclatantes, on pourrait passer longtemps en leur compagnie.

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(Extrait d'une planche de diapos prises par Inri)

Je citerai tout particulièrement le travail des frères Gao autour de l'occupation de l'espace urbain ou sur le thème de "l'étreinte" est très étonnant et déroutant, face à leurs grandes photos, on ressent assez vite une impression de solitude, même si elles ne sont pas dénuées de tendresse et d'ironie.

Je n'ai pas grand chose à dire sur la série Camera Press et SM QEII, il me manque quelques gènes pour être sensible à ce type de photos institutionnelles. Quant à la commande des RIP autour de Madame de le Président, je n'ai pas non plus été très convaincue. Certaines photos sont très fortes ou irrévérencieuses à souhait, d'autres un peu trop banales ou attendues.

Quelques mots encore sur les expositions proposées à l'espace Van Gogh. J'ai beaucoup aimé les instantanés de Pannonica de Kœnigswarter (quel nom !), ceux consacrés à ses amis jazzmen évidemment, mais surtout ceux qui consacrent sa centaine de chats ainsi que son travail sur les lumières ; les couleurs des polaroïds ont bougé ce qui donne une tessiture et une ambiance douce et lointaine à tous ces moments.

La suite à la prochaine visite...